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Conférence de Robert Hostetter pour le 500ème anniversaire du protestantisme

11 mai 2017 | Posté par Thibaut dans la catégorie Actualités

Robert Hostetter, pasteur de l’Église Protestante Libérale de Bruxelles et président du conseil d’administration de la Faculté Universitaire de Théologie Protestante de Bruxelles, est plus connu du grand public comme animateur des émissions protestantes de la RTBF et ce, depuis de nombreuses années.  À l’occasion du cinq-centième anniversaire du protestantisme, il a été invité à donner une conférence dans les locaux de l’église de scientologie pour l’Europe, à Bruxelles. Il y a esquissé un historique des débuts du protestantisme et a souligné la spécificité de cette branche du christianisme, ainsi que son influence sur nos sociétés actuelles.

C’est en effet en 1517 (le 31 octobre exactement, d’après la tradition) que Martin Luther a affiché sur les portes de l’église de Wittemberg ses « nonante-cinq thèses » contre le commerce des indulgences, alors encouragées par l’Église catholique, qui devait financer la construction de la basilique Saint-Pierre à Rome.

Martin Luther, moine augustin et docteur en théologie à l’Université de Wittemberg (dans l’est de l’Allemagne actuelle), était adulé par ses élèves. Il n’a jamais eu le désir de créer une église dissidente et s’est toujours considéré membre de l’Église catholique. C’est en étudiant les écrits de l’apôtre Paul qu’il s’est rendu compte combien l’Église s’était éloignée de la doctrine originelle du christianisme, notamment sur la façon d’obtenir son salut. Luther affirme la primauté de la justification par la foi aux dépens de la justification par les œuvres : un chrétien ne peut pas « acheter » son salut par ses actes ou ses donations. Dieu accorde sa grâce comme bon lui semble. Luther a d’ailleurs été virulent contre le père dominicain Tetzel qui exhortait à l’époque les paroissiens de la région à donner tout leur argent à l’Église. Pour Luther, chaque chrétien doit lire la Bible et engager une relation directe avec Dieu. On doit s’approprier le message du Christ. Toute spiritualité est, avant tout, individuelle.

Une autre figure emblématique de la Réforme, francophone cette fois, est Jean Calvin. Étudiant en droit, il adhère aux nouvelles idées venant d’Allemagne en 1533. Persécuté en France, il doit se réfugier en Suisse. Il instaure à Genève un état théocratique. Son livre Institution de la religion chrétienne est encore considéré comme un ouvrage fondamental du protestantisme. Il fonde sa doctrine sur deux grands principes :

– la souveraineté absolue de Dieu (et non de l’Église)

– la double prédestination : Dieu décide à l’avance quels hommes seront sauvés et lesquels seront perdus (renforcement du concept augustinien de la prédestination)

Le troisième personnage-clé de la Réforme est le Suisse Ulrich Zwingli. Aumônier militaire, puis curé de Zurich, c’est avant tout un humaniste : il étudie le Nouveau Testament dans sa langue originale, le grec. Il décide alors de rendre la pratique religieuse dans sa paroisse plus conforme aux écrits bibliques. Plus pragmatique que Luther, il donne plus d’importance à la mise en œuvre des préceptes évangéliques qu’à leur connaissance théorique. Il établit une sorte de théocratie à Zurich, en instaurant, par exemple, l’obligation pour l’État d’aider les pauvres et les malades. Pour lui, la religion doit se traduire concrètement dans la vie sociale. Il est moins intéressé par les joutes verbales que par l’amélioration concrète de la vie des paroissiens.

Après ce rappel historique, le pasteur Hostetter a souligné la spécificité du protestantisme dans le panorama religieux actuel. Les héritiers de la Réforme vivent une spiritualité principalement individuelle, ce qui ne veut pas dire individualiste ! Pour eux, il s’agit d’un cheminement, jamais d’un acquis. On n’a pas la foi, mais on est un homme de foi. La vie spirituelle d’un protestant commence par la conversion, c’est-à-dire une décision ferme de vivre selon l’enseignement du Christ. Puis vient la régénération, pendant laquelle le converti va être aidé par ses coreligionnaires à nourrir sa foi et va étudier les textes bibliques de manière approfondie. Il atteint ensuite l’étape de la sanctification, quand il sent qu’il est animé par le Saint Esprit et que son existence tout entière est pénétrée de Dieu. Il ne s’agit cependant pas d’un achèvement, mais d’un cheminement permanent. Là, le protestant est fortement engagé dans des œuvres sociales et caritatives. Il est en marche perpétuelle vers la perfection.

Dans le protestantisme, ce ne sont pas les dogmes qui sont importants, mais l’Homme ! C’est lui qui doit être au centre des préoccupations. C’est pourquoi les protestants se retrouvent bien dans le monde moderne avec ses valeurs dominantes : humanisme, libre interprétation des textes, liberté de parole, démarche individuelle, égalité, démocratie (les membres de la communauté élisent leur pasteur), etc. Ils ont d’ailleurs contribué à la progression du système parlementaire aux dépens des régimes autoritaires.

La hiérarchie est inexistante chez les protestants. Dieu agit directement sur le cœur de chacun. Le clergé n’est pas indispensable, bien qu’être pasteur soit un privilège puisqu’il permet à une personne qui a choisi cette fonction de consacrer son temps à aider les autres dans leur cheminement vers le salut.

Un participant a fait remarquer que le catholicisme s’est rapproché du protestantisme au cours des siècles : les catholiques sont invités à lire la Bible par eux-mêmes dans leur propre langue et à établir une relation directe avec Dieu, les laïcs jouent un rôle de plus en plus grand dans les activités de l’Église, etc. Le fossé s’est en partie comblé entre ces deux immenses pans de la chrétienté.

En conclusion, le pasteur et les participants ont été d’accord pour affirmer l’importance de la spiritualité dans un monde ayant tendance à dériver vers le matérialisme le plus radical. C’est peut-être là le message le plus important pour nous tous, cinq-cents ans après que de courageux pionniers aient ouvert la voie vers un renouveau spirituel et social toujours d’actualité.

 

Consultez le site refo2017.be pour connaître les différentes manifestations organisées dans notre pays pour commémorer le cinq-centième anniversaire du protestantisme.

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