Liberté de conscience en Belgique
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Giel-Frédéric est devenu Lobsang Nyima

17 septembre 2015 | Posté par Thibaut dans la catégorie Actualités | Non classé

Il y a deux ans nous avions publié un article sur les mésaventures du jeune Giel, un Flamand de 15 ans qui voulait aller rejoindre un monastère en Inde, mais dont l’oncle avait empêché le départ en faisant appel à la justice de Gand.

Finalement, Giel-Frédéric Foubert a pu quitter la Belgique deux mois plus tard que prévu, en novembre 2013, pour rejoindre le monastère Jonang Takten Phuntsok Choeling, à Shimla, au nord de l’Inde. Étant donné que c’était son désir et que sa mère était d’accord, rien ne pouvait s’opposer juridiquement à son départ. Il a été ordonné moine le 24 novembre 2013, devenant Lobsang Nyima, ce qui signifie « Soleil ingénieux ». En effet, comme pour le catholicisme, on commence une nouvelle vie dans les ordres avec un nouveau nom.

De retour pour quelques jours en Belgique, le jeune moine a été invité par le Press Club Brussels Europe à donner une conférence. Celle-ci a eu lieu la semaine dernière au cœur du quartier européen, rassemblant une soixantaine de personnes de tous horizons.

Malgré des conditions de vie bien moins confortables qu’ici (nombreuses pannes d’électricité, pas de douches modernes, nourriture composée quasi uniquement de riz, lever chaque jour à 4h30, Internet très fluctuant…), Lobsang est ravi de ces deux années passées au monastère. Il suit des enseignements bouddhiques chaque jour, entrecoupés par les prières et les repas. Les cours sont donnés en anglais, mais il apprend aussi le tibétain. Il est le seul Occidental admis dans ce monastère. Ses compagnons de classe le surnomment d’ailleurs « Long Nez » ou « Cheveux Jaunes », en raison de son physique !

Giel avoue avoir voulu devenir moine bouddhiste dès l’âge de six ans, après avoir vu un film montrant un bonze en robe safran. Sa mère étant elle-même bouddhiste, il a fréquenté des temples en Belgique et a aussi fait plusieurs séjours en Inde, y visitant différents monastères. Après en avoir vu plusieurs, il a porté son choix sur celui de Shimla, de la tradition Jonang (une école particulière du bouddhisme, reconnue par le Dalaï Lama). Il a été attiré par la petite taille de ce monastère-école, puisqu’on n’y trouve qu’une vingtaine de garçons alors que la plupart des autres monastères en regroupent des centaines.

Son désir le plus cher est d’atteindre l’illumination (1). Pour cela, il a besoin d’une solide formation, mais il sait que ça ne suffira pas car ce n’est que par son propre travail qu’il pourra atteindre ce stade.

Quand une personne de l’audience lui a demandé s’il n’était pas trop difficile de vivre loin de tout sans être connecté à Internet et sans réseaux sociaux, Lobsang a surpris tout le monde en déclarant qu’il avait un compte Facebook ! Bien sûr il n’est pas « on line » aussi souvent qu’un adolescent occidental car le monastère a des règles très strictes concernant l’usage d’Internet. On ne peut s’y connecter qu’à certaines heures précises, sous peine de renvoi immédiat. De plus, le réseau en Inde semble très instable. Mais il tâche d’ajouter et consulter des informations aussi souvent qu’il le peut et de rester en contact avec ses amis et sa famille.

Notre jeune moine envisage son avenir comme traducteur et accompagnateur de maîtres bouddhistes dans leurs voyages en Occident… un peu comme le Français Matthieu Ricard.

Il nous a aussi gratifié d’un petit discours sur la philosophie bouddhiste : tout est interconnecté ; chaque chose a une cause et produit un effet ; les émotions négatives doivent être tournées en émotions positives ; on ne peut pas tout contrôler ; il faut accepter les choses comme elles viennent ; les habitudes, les automatismes viennent du mental et peuvent s’avérer dangereux ; il faut être capable de les remettre en question ; les seules habitudes que l’on doit accepter sont la patience ainsi qu’un amour bienveillant ; tout change en permanence ; chaque chose a des aspects positifs et des aspects négatifs.

Giel a montré combien il appliquait les principes de cette philosophie par son attitude lors de ses déboires de 2013, quand la police est venue le chercher pour l’empêcher de prendre l’avion pour l’Inde. Il a dit ne pas en vouloir à quiconque à ce sujet et ne pas éprouver de colère ni de ressentiment. Il a pris les choses comme elles venaient et tout s’est finalement arrangé.

Ce garçon, avec sa joie de vivre contagieuse, sa gentillesse, sa sagesse digne d’une personne d’âge mûr mêlée à une ingénuité d’enfant, est un vivant exemple du produit d’une éducation emplie de spiritualité.

En sortant de cette conférence, on peut rêver qu’il y ait plein d’autres Giels parmi la jeunesse d’aujourd’hui dont l’idéal a malheureusement plus souvent à voir avec l’apparence et la richesse matérielle qu’avec de quelconques valeurs spirituelles.

(1) L’illumination pourrait être définie comme un état mental parfait, un état de conscience supérieur dans lequel la souffrance n’existe pas, dans lequel on a un sentiment d’unité avec l’univers entier, un sentiment de plénitude et de bonheur complet sans raison particulière et une perception claire de la réalité.

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